« La philosophie nous enseigne à douter de ce qui nous paraît évident. La propagande, au contraire, nous enseigne à accepter pour évident ce dont il serait raisonnable de douter. »
Aldous Huxley
Jusqu’où sommes-nous manipulés?
Pour qu’il y ait manipulation, cela implique que nous n’en ayons pas conscience. En effet peu ou rare sont ceux qui l’admettront et vont même au contraire affirmer qu’ils sont libres et capables d’agir sans être influencés. Pourtant n’est-il pas honnête de reconnaitre que nous sommes soumis à la mécanicité de certains comportements nés des conditionnements. Je ne veux pas dépenser mais cette odeur de nourriture ou cette image d’un plat alléchant me fait succomber. Je suis serein et calme pourtant ce regard ou cette insulte me fait sortir de mes gonds. Et cette femme que tout le monde a vue, moi aussi je l’ai vu et j’ai du mal à résister à la tentation là aussi. Que contrôle-t-on réellement? Pas grand-chose et justement, certains en profite pour mieux nous contrôler car ils savent que nous sommes esclaves de nos pensées, émotions et addictions. Des moutons qui s’ils ne sortent pas du troupeau risquent d’aller droit vers l’abattoir. Difficile à accepter mais nos comportements sont prévisibles au point qu’on peut anticiper nos centres d’intérêts et les produits que nous aimons consommer.
Métro, boulot, dodo.
Le mouton est bien entouré. Son environnement n’est ni le meilleur ni le pire mais juste bien. On mange, on boit, on se fait tondre puis on dort. La routine est bien installée et on s’en contente au point qu’elle en devient agréable. On remet ça demain sans remettre en question quoi que ce soit. Avouons-le, il y a un certain confort lié à l’habitude. Dans cette histoire sans fin, une dose de divertissement est nécessaire pour que la pilule passe encore mieux.
Loisirs et consommation.
Les réseaux sociaux, les jeux vidéo, les séries jusqu’à l’infini, les distractions sportives nous détournent des vraies choses, de ce qui compte réellement. Au lieu de nous interroger sur le bien-fondé de nos propres comportements et remettre en question certains agissements, nous choisissons la facilité et pire encore, nous persistons dans nos mauvaises habitudes ou vices dans certains cas par manque de discipline, par absence de prise de conscience.
Les zombies que nous sommes arrangent et servent ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre. Ceux-là même qui dictent les règles du jeu. Nous sommes des marionnettes incapables de se rendre compte de notre nature de pantins. À qui profite le crime? Le mot n’est pas trop fort.
Qu’est-ce qui justifie que nous ne changions pas notre routine radicalement en prenant des décisions différentes. À commencer par l’apparent choix simple de faire autre chose demain alors que depuis des années on n’a jamais osé. Imaginez que vous preniez la voiture chaque jour pour aller au travail. Pourquoi ne pas prendre le métro exceptionnellement pour modifier les choses et découvrir une autre alternative peut être jamais expérimentée?
Un autre exemple que tout le monde connait est celui de la personne qui se plaint continuellement sans prendre l’initiative censée mettre fin à un mal être. Ainsi on peut rester des années dans une ville qui ne nous plait plus ou avec un partenaire avec lequel on ne s’entend plus. Il parait plus facile de rester dans ce genre de situation dans laquelle on se complait paradoxalement. On n’y est pas si mal car on la connait contrairement à l’inconnu qui fait peur et fait sortir de sa zone de confort. En quittant un lieu familier imparfait ou un conjoint qui ne nous attire plus, on se retrouve exposé et démuni, presque sans défense. Cette sensation nous renvoie à des peurs inconscientes qui freinent la possibilité de changement et favorisent l’inaction.
La routine rassure. Elle permet de garder ses repères et réduit l’incertitude. La cellule familiale, l’identité culturelle et bien d’autres groupes sociaux nous collent à la peau et nous définissent sans que nous nous en rendions compte vraiment.
L’illusion de la séparation.
À quelle case appartenez-vous? Homme ou femme? Avec quelle orientation sexuelle? Noir, blanc, jaune ou encore rouge? Athée? Chrétien? Quelle église? Musulman? Ok! Sunnite ou Shiite? Vous identifiez vous comme français, congolais ou peut être que vous êtes québécois? Quant est-il de votre ethnie? Politiquement vous diriez que vous êtes situé où? Vous penchez à gauche, à l’extrême droite? Cadre ou employé? Êtes-vous vacciné? Ah vous êtes un fan inconditionnel des Celtics et vous du Réal? Vous vivez en ville ou à la campagne?
Je pourrais continuer encore longtemps mais je pense que vous voyez où je veux en venir. À tous les niveaux, nous sommes en permanence divisés. Ces divisions entrainent des séparations et des oppositions dont certains tirent profit. Diviser pour mieux régner est un dicton que tout le monde a entendu mais qui bizarrement n’incite pas grand monde à s’interroger sur cette capacité qu’ont les personnes influentes à nous monter les uns contre les autres. Une stratégie à l’origine de nombreux conflits depuis la nuit des temps.
Sommes-nous si différents si l’on fait abstraction de la couleur de peau? Si nous enlevions ce qui peut être considéré comme un habit caractérisé essentiellement par sa couleur, que resterait-il? Un squelette qui va difficilement nous indiquer quelle couleur était la peau qui l’enveloppait. Et le sang qui coule dans nos veines alors? N’est-il pas rouge pour chacun d’entre nous? Est-il normal que nous soyons si aveuglés par l’illusion de la couleur. Une illusion qui donne lieu à des hiérarchisations et donc du racisme, des crimes.
Ne devrions-nous pas nous concentrer sur ce qui nous unit plutôt que sur ce qui nous divise? Ainsi nous ne serions pas piégés par cette confusion volontairement organisée. Il existe clairement chez l’Homme le besoin d’appartenir à un groupe. Un individu qui sort du cadre, ne se conforme pas au système social qui nous est imposé et se retrouve isolé. Cela fait peur et justifie le besoin naturel de se sentir comme tout le monde. Il préfère porter une étiquette, ça le rassure et le maintient dans une zone de confort qu’il n’est pas prêt à quitter pour le plus grand plaisir des élites.
Il me parait fondamental de prendre du recul et surtout ne pas tomber dans le piège qui vise à identifier chaque être humain de telle ou telle manière. La prudence est de mise car dans le cas contraire notre image est biaisée. Les apparences, les stéréotypes, les préjugés domineront et renforceront le pouvoir des hommes qui misent sur ces éléments pour mieux nous contrôler.
Interrogeons-nous sur notre nature véritable. Ne laissons pas la société nous définir car ce sera toujours pour nous tromper et nous réduire à de simples êtres de chair et de sang destinés à travailler pour manger et maintenir les privilèges d’un petit nombre qui lui a bien compris comment en profiter.
Voici mon message pour l’année qui arrive, celle qui doit être marquée par une plus grande compréhension des enjeux collectifs. La complexité de la tâche réside dans notre faculté à rejeter ce qu’on nous a toujours présenté comme normal.
