De Montréal à Dakar : Le Retour de Gloria Degbo

montréal à Dakar

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Karibu Montréal vous présente la série « De Montréal à… » — une collection d’interviews exclusives de membres de la diaspora afro-caribéenne qui ont quitté Montréal pour s’installer en Afrique. Chaque épisode, nous recevons une personne qui partage son parcours, ses défis et son bilan.

Pour ce premier épisode, nous avons eu le privilège de recevoir Gloria Degbo, originaire du Bénin, ancienne résidente de Montréal pendant près de 10 ans, aujourd’hui installée à Dakar, Sénégal, où elle travaille pour le Programme Alimentaire Mondial.

Vous pouvez regarder l’intégralité de l’interview sur notre chaîne YouTube, ou lire le résumé complet ci-dessous.

Qui est Gloria Degbo ?

Gloria est née au Bénin de parents diplomates, ce qui lui a donné très tôt le goût du voyage. Elle a grandi en Belgique, étudié en Espagne, vécu brièvement en Chine, avant d’atterrir à Montréal en 2012 à l’âge de 24 ans — pour une expérience qui allait finalement durer près de 10 ans.

À Montréal, elle commence à travailler dans les ressources humaines, un domaine qu’elle n’avait pas étudié mais dans lequel elle excellera. Elle fait une maîtrise, se lance brièvement dans l’entrepreneuriat avec une marque de vêtements africains, et s’implique activement dans la diaspora africaine montréalaise — notamment au sein du REPAF, le Réseau des Entrepreneurs et Professionnels Africains.

C'est à Montréal que l'idée de rentrer a germé

Paradoxalement, c’est en arrivant à Montréal que Gloria commence à penser sérieusement au retour en Afrique. La diaspora africaine montréalaise — dynamique, entrepreneuriale, multiculturelle — lui montre que c’est possible. Elle rencontre des gens qui font des allers-retours, qui ont lancé des projets en Afrique, qui ont réussi.

« J’ai découvert vraiment une diaspora africaine de tout pays confondu, hyper dynamique. C’est là que l’idée a commencé à germer. »

Il lui faudra néanmoins 5 à 6 ans de préparation avant de faire le grand saut.

Une stratégie de retour planifiée sur plusieurs années

Ce qui frappe dans le parcours de Gloria, c’est la rigueur de sa planification. Le retour en Afrique n’a pas été un coup de tête — c’était une stratégie construite étape par étape.

La maîtrise comme première pierre

En analysant les offres d’emploi dans les organisations internationales implantées en Afrique, Gloria réalise que les postes qui l’intéressent exigent des maîtrises et des années d’expérience. Elle s’inscrit donc à une maîtrise en ressources humaines — pas uniquement pour le diplôme, mais stratégiquement, pour correspondre au profil recherché en Afrique.

Accepter de gagner moins pour gagner plus tard

En 2019, Gloria trouve un poste de gestionnaire des ressources humaines au Bénin, pour une compagnie locale implantée dans quatre pays — Bénin, Côte d’Ivoire, Nigéria et Ghana. Le salaire est nettement inférieur à ce qu’elle gagnait à Montréal. Elle accepte quand même.

« Il faut reculer pour mieux sauter. Je savais que je gagnerais moins, mais l’expérience africaine que j’allais en retirer allait forcément m’aider pour plus tard. »

C’est un message important pour tous ceux qui hésitent à rentrer par peur de perdre leur niveau de vie : parfois, le plan à long terme vaut plus que le confort immédiat.

L'expérience de terrain au Bénin — entre révélations et défis

Ce que les vacances ne montrent pas

C’est la première fois que Gloria confronte l’Afrique en tant qu’adulte professionnelle — pas en touriste. Et la différence est immense.

« Quand tu vas en vacances et qu’il y a une coupure d’eau, c’est pas grave. Mais quand tu y vis, que ça impacte ton travail et ton quotidien, c’est pas la même chose. »

Des standards de travail différents, une approche du temps distincte, des réalités économiques éloignées de celles du Canada — tout cela demande une vraie adaptation.

La leçon de la résilience africaine

Mais cette expérience lui apporte aussi quelque chose d’inattendu : une admiration profonde pour la résilience des Africains. Elle observe des gens qui gagnent parfois beaucoup moins qu’elle, mais qui s’en sortent, qui aident leur famille, qui réussissent sans filet de sécurité sociale.

« J’ai jamais été autant inspirée que depuis que je suis rentrée en Afrique. Je vois des gens qui travaillent d’arrache-pied pour réussir, et ça m’a redonné une motivation que j’avais perdue. »

De Dakar — Un nouveau chapitre avec le Programme Alimentaire Mondial

Après son retour temporaire au Canada pendant la COVID, Gloria peaufine sa stratégie. Elle cible maintenant les postes stratégiques en ressources humaines — développement organisationnel, gestion du changement, fusions et acquisitions. Elle travaille pour des firmes canadiennes spécialisées pour acquérir cette expérience.

En 2022, grâce à un ancien collègue montréalais qui pense à elle en voyant l’offre sur LinkedIn, elle postule pour un poste au Programme Alimentaire Mondial à Dakar. Le poste couvre 20 pays d’Afrique de l’Ouest et centrale, exige une maîtrise et une expérience dans la sous-région. Gloria coche toutes les cases.

LinkedIn — l'outil indispensable pour trouver un emploi en Afrique

Pour tous ceux qui cherchent à travailler en Afrique depuis le Canada, Gloria est formelle : LinkedIn est l’outil numéro un. Elle recommande également Afric Search et Aquaba Jobs, ainsi que les sites des grandes organisations internationales — BAD, BCEAO, Nations Unies, MasterCard Foundation.

« Entretenez votre réseau. Pas de manière intéressée, mais vraiment. C’est un ancien collègue qui a pensé à moi parce qu’il savait où je voulais aller. »

La vie à Dakar — Ce qui change vraiment

La qualité de vie au quotidien

La routine quotidienne ressemble à celle de Montréal en bien des points — on se lève, on va travailler, on rentre. Mais il y a une différence fondamentale : la capacité à déconnecter.

« Je sors de mon bureau, 10 minutes après je suis sur la corniche avec l’océan en face. Tu as l’impression de vivre en vacances alors que tu y vis vraiment. »

Le tissu social est aussi différent. La fraternité, la cohésion, la famille élargie — tout cela crée une qualité de vie émotionnelle que Gloria ne ressentait pas de la même façon en Europe ou au Canada.

Les défis qu'il faut anticiper

Gloria est honnête : Dakar est l’un des villes les plus chères d’Afrique de l’Ouest, juste derrière Abidjan. Un appartement correct coûte entre 2000 et 3000 dollars américains par mois. Les taxis reviennent à 10-15 dollars par jour. Il faut venir avec un coussin financier solide.

L’autre défi : l’absence de sécurité sociale. Pas de chômage, pas de filet de protection si tu perds ton emploi. C’est la grande différence avec le Canada — et il faut en être conscient avant de faire le pas.

Les conseils de Gloria pour ceux qui veulent rentrer

Venir d'abord en visiteur

Avant de tout quitter, Gloria conseille de multiplier les séjours en Afrique — pas en touriste, mais en observateur. Voir comment les gens vivent, comment les choses fonctionnent, se faire une idée réelle.

Construire son réseau sur place

Quand elle est arrivée au Bénin, Gloria n’avait presque pas d’amis en dehors de sa famille. Elle s’est inscrite à la salle de sport, elle a cherché tous les événements possibles, elle a appliqué la même technique qu’à Montréal avec le REPAF. Le réseau se construit, ça prend du temps, mais c’est la clé.

Arriver avec humilité

C’est le conseil le plus important de Gloria — et celui qui résonne le plus fort. La diaspora africaine a parfois mauvaise réputation en Afrique parce que certains arrivent avec une attitude de supériorité. Gloria est arrivée en experte en ressources humaines, mais pas en experte du Bénin.

« Je suis arrivée comme quelqu’un qui est là pour apprendre. Vous n’allez peut-être pas m’apprendre quelque chose dans mon domaine, mais vous allez m’apprendre beaucoup sur le fonctionnement non-dit des choses ici. »

Que retenir du parcours de Gloria ?

Le parcours de Gloria est une leçon de stratégie, de patience et d’humilité. Elle n’est pas partie sur un coup de tête — elle a préparé son retour pendant 5 ans, fait une maîtrise en ciblant les postes qui l’intéressaient en Afrique, accepté une baisse de salaire pour gagner en expérience, entretenu son réseau sans arrière-pensée.

Et aujourd’hui, elle vit au bord de l’océan à Dakar, mariée, épanouie professionnellement, et plus motivée que jamais par l’énergie entrepreneuriale qu’elle voit autour d’elle chaque jour.

« Si vous voulez rentrer, venez voir de vos propres yeux. Faites un plan à court et moyen terme. Et jetez-vous à l’eau — c’est seulement en étant là que vous saurez si vous avez fait le bon choix. »

Regarder l'interview complète

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Gloria Degbo sur notre chaîne YouTube Karibu Montréal. Et abonnez-vous pour ne manquer aucun épisode de la série « De Montréal à… » — Abidjan, Kinshasa, Accra et bien d’autres témoignages arrivent bientôt.

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