De Montréal à Accra : Bobette, Doula et Pionnière au Ghana

bobette Ngiedi Lelo

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Karibu Montréal vous présente le 7e épisode de la série « De Montréal à… » — des interviews exclusives de membres de la diaspora afro-caribéenne qui ont quitté Montréal pour s’installer en Afrique.

Cette fois, nous avons reçu Bobette Ngiedi Lelo — ancienne membre active de Karibu Montréal, aujourd’hui installée à Accra, Ghana, avec son mari et ses trois enfants. Bobette est doula — accompagnatrice à la naissance — et vient de faire la une du journal The Mirror, le plus grand journal du week-end au Ghana, avec ce titre : « Doula care not luxury ».

Vous pouvez regarder l’intégralité de l’interview sur notre chaîne YouTube, ou lire le résumé complet ci-dessous.

Qui est Bobette Ngiedi Lelo ?

De Bruxelles à Montréal

Née au Congo, Bobette quitte Kinshasa à l’âge de 2 ans lorsque son père, diplomate, s’installe en Belgique. Elle y grandit pendant près de 30 ans, fait ses études de communication et journalisme, travaille pour des médias belgo-congolais et la Plateforme Africaine. En 2013, elle choisit Montréal pour une nouvelle aventure — et y restera 8 ans.

Une vie construite à Montréal

À Montréal, Bobette travaille comme adjointe administrative dans un hôpital, développe sa passion pour les pagnes et la mode africaine avec ses ateliers Uzuri Workshops, et rencontre son mari — né à Montréal de parents originaires de la Barbade. Ensemble, ils font le choix d’éduquer leurs enfants à la maison, en mettant la culture et l’histoire africaine au cœur de leur apprentissage.

« Je voulais que ce soit la base pour mes enfants. J’ai appris beaucoup de choses beaucoup trop tard sur notre culture, notre histoire. J’aimerais bien que certaines choses soient de base dans l’éducation de mes enfants. »

À 6 ans, son fils aîné connaît déjà 30 drapeaux africains et peut situer les pays sur une carte. C’est la vision éducative de Bobette — apprendre à partir des intérêts de l’enfant, avec la culture africaine comme fondation.

Pourquoi quitter Montréal pour l'Afrique ?

Un plan préparé sur 5 ans

Dès leur mariage en 2016, Bobette et son mari se fixent un objectif clair : quitter le froid dans 5 ans. Ils choisissent de vivre très modestement — pas de voiture pendant 4 ans, pas de voyages, dépenses minimales — pour épargner suffisamment. Le critère de départ était simple : un pays chaud, entouré de gens qui leur ressemblent.

Le déclic du Covid

Le Covid arrive 4 ans après leur mariage et agit comme un révélateur brutal. Bobette ne peut plus exercer son métier de doula dans les hôpitaux. Son mari, DJ et technicien de son, voit les événements s’arrêter. Ils réalisent qu’ils ne contrôlent pas leur vie.

« On n’est vraiment pas en contrôle de notre vie. On avait assez de fonds pour partir. On s’est dit : on reste ou on part. »

La décision est prise en septembre 2021. Un mois plus tard, le 29 octobre 2021 — un jour avant la fermeture des frontières — toute la famille s’envole pour Accra. Sans jamais avoir visité le Ghana auparavant.

L'atterrissage au Ghana — Entre émerveillement et réalité

Le programme "Year of Return"

Ce qui facilite considérablement leur installation, c’est le programme ghanéen « Year of Return » — une initiative qui accueille les Africains de la diaspora et leur facilite l’obtention de la résidence. Le critère ? Être noir, peu importe la nationalité ou le pays d’origine.

En 6 semaines exactement, toute la famille obtient sa résidence permanente. Un processus qui peut prendre des années au Canada.

« Les Ghanéens sont un peuple très chaleureux, très accueillant, très humble et très

Les premiers défis sur place

Bobette est honnête sur les défis. Les routes d’Accra sont stressantes. Trouver des artisans qualifiés qui règlent un problème dès la première visite relève parfois du défi. La poussière, les coupures d’eau occasionnelles, les adresses difficiles à trouver — autant de petites réalités qui demandent une vraie adaptation.

Mais rien qui ne fasse regretter le choix. Trois ans plus tard, la famille ne pense pas à rentrer au Canada — sauf pour des vacances.

Qu'est-ce qu'une doula ?

Un métier ancestral méconnu

Une doula est une accompagnatrice à la naissance. Contrairement à une sage-femme, elle n’est pas médicalement licenciée pour pratiquer des accouchements seule. Son rôle est d’accompagner la mère — et la famille — émotionnellement, physiquement et informationnellement, de la grossesse jusqu’à la période post-partum.

« Les doulas ont toujours existé. À l’époque, quand il n’y avait pas encore d’hôpitaux, il y avait toujours une personne de la famille dédiée aux accouchements. C’est de là que ce terme est né. »

Bobette offre des cours prénataux, assiste aux accouchements à l’hôpital ou à la maison, enseigne la gestion de la douleur, accompagne l’allaitement et le post-partum.

Pourquoi les hôpitaux s'y opposent parfois

Dans certains systèmes de santé, les doulas dérangent. La raison est économique : les doulas favorisent les accouchements naturels, sans péridurale et sans césarienne inutile. Or les césariennes sont devenues un business extrêmement lucratif — à Accra, dans certains hôpitaux, un accouchement sur deux se termine en césarienne.

« Les doulas sont là pour éviter que les mamans aient des accouchements traumatisants et des césariennes non nécessaires. Ça, ce n’est pas ce qui va remplir les poches des hôpitaux. »

Uzuri Birth — Pionnière de la doula au Ghana

La une du journal The Mirror

En avril 2026, Bobette fait la couverture du The Mirror — Ghana’s Most Popular Weekend Paper, fondé en 1953. Le titre est sans équivoque : « Doula care not luxury ». Une reconnaissance publique de son travail de sensibilisation et de pionniering dans un domaine peu connu au Ghana.

Ce qui a commencé comme une passion pour accompagner les mères s’est transformé en quelque chose de bien plus grand. Bobette forme aujourd’hui des doulas ghanéennes, a convaincu plusieurs hôpitaux d’accepter les accouchements dans l’eau, et reçoit un accouchement par semaine — avec un agenda rempli plusieurs mois à l’avance.

Accoucher en Afrique — Les vérités que personne ne dit

Bobette entend souvent des femmes de la diaspora hésiter à accoucher en Afrique par peur. Elle leur répond avec son propre témoignage : ses deux accouchements à Montréal ont été des cauchemars. Son troisième, à Accra, était un rêve.

« Entrer dans un hôpital et voir un docteur qui te ressemble, qui t’écoute, qui a de l’empathie. Voir les sages-femmes qui pourraient être tes cousines, tes grandes sœurs, s’occuper de toi — c’était un rêve. »

70% de ses clientes viennent de la diaspora — États-Unis, Canada, Angleterre. 30% sont des Ghanéennes locales. Son objectif : atteindre 50/50.

Ses conseils pour ceux qui veulent rentrer

Bobette donne deux conseils essentiels à quiconque envisage de s’installer en Afrique :

Épargner sérieusement. Il faut avoir suffisamment de ressources pour au moins deux ans sans stress financier. Le temps de trouver ses repères, de construire son réseau, peut-être de changer de carrière.

Visiter avant de s’installer. Bobette et son mari ne l’ont pas fait et ne le regrettent pas — mais elle conseille aux autres de venir observer la réalité du quotidien avant de prendre une décision définitive.

Et surtout — arriver avec humilité. Ne pas se présenter comme celui qui sait tout parce qu’il vient d’Occident. Observer, apprendre, s’adapter.

« Vous avez énormément à apprendre. Moi j’apprends tous les jours. »

Regarder l'interview complète

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Bobette Ngiedi Lelo sur notre chaîne YouTube Karibu Montréal. Pour la contacter ou réserver ses services, rendez-vous sur uzuribirth.com ou sur Instagram @uzuribirth.

Et abonnez-vous pour ne manquer aucun épisode de la série « De Montréal à… » — d’autres témoignages inspirants arrivent bientôt.

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